Drame de Womey, grève de la faim et enfin démilitarisation : « Pourquoi faut-il toujours attendre qu’on mette le « feu » là où il faut comme une tortue, pour que les autorités reviennent à la raison ?

Publié le 17 Novembre 2014

Drame de Womey, grève de la faim et enfin démilitarisation : « Pourquoi faut-il toujours attendre qu’on mette le « feu » là où il faut comme une tortue, pour que les autorités reviennent à la raison ?

Une grève de la faim qui a été menée dans la rigueur, la discipline, la méthode et qui s'est avérée payante ! Mission accomplie pour cette première étape du combat !


Un modèle de gestion de crise qui doit être un exemple à suivre à l’avenir pour tout le monde dans le processus de résolution des crises à répétition dans notre pays.

Face au drame de Womey, nous avons eu à faire face à une gestion qui aura été efficace à plusieurs égards :

1- Le leadership

Pour la cause commune, les deux principaux leaders ont su, non seulement taire leurs divergences politiques, mais aussi et surtout leurs ambitions personnelles. Dr. Faya Millimouno et Honorable Koni Kourouma, d’une main de maître, ont su habilement et intelligemment mobiliser les uns et les autres autour de ce drame, afin d’en faire la dénonciation et la médiatisation comme un drame humanitaire et national et nom comme un problème politique et régional. De manière claire et définitive, une nouvelle génération de leaders est en train d’émerger pour cerner les problèmes et trouver les meilleures voies de résolution efficiente des crises.


2- Les acteurs

Dans une discipline indescriptible et surprenante, j’ai assisté, pendant deux jours, à une mobilisation de jeunes et de femmes déterminés et engagés dans la plus profonde conviction, en grève de la faim et en s’imprégnant totalement, particulièrement au niveau des femmes, de la détresse et du sentiment d’abandon de la République que peuvent ressentir nos compatriote de Womey. Ces femmes assises, blessées et souffrantes dans leur chair et être, et en totale compassion de ce que leur sœurs éprouvent dans l’indifférence totale de la communauté. Pas une seule fois il n’a été question de perturber la circulation ou de bloquer la rue par indiscipline ou par nombre.


3- La méthode

En totale complémentarité, les deux leaders, chacun dans son registre, ont su tirer profit de leur position pour attirer l’attention des uns et des autres. Dr. Faya, par son talent d’orateur et son engagement de militant convaincu, et Honorable Koni, par sa position de député national. Le choix du Palais du peuple, siège de la représentation du peuple qu’est l’Assemblée nationale, la principale route pour le centre-ville, en pleine session budgétaire qui demande la présence des ministres de la République, aura été d’une grande intelligence. Ce choix a fait mouche parce que dès le lundi les autorités ont voulu casser le rythme, en délogeant les grévistes de l’esplanade pour les envoyer dans la rue. Le choix de la grève de la faim a été tout aussi inspiré par le symbole qui n’a pas besoin d’un nombre important de participants, ni de bagarre ou de violence. Il s’agissait de trouver le meilleur moyen d’illustrer la souffrance et la douleur qui est celle de nos compatriotes de Womey. Ce symbole de privation de nourriture est d’abord personnel, parce qu’un repli sur soi pour exprimer la détresse que l’on vit. Le choix de 4 jours ouvrables qui commencent un lundi est judicieux parce que c’est justement la semaine d’activité de la capitale Conakry. Deux registres ont été mis à disposition pour les contacts et surtout pour recueillir les sentiments des visiteurs qui veulent témoigner de leur solidarité.


4- Les outils

Nous sommes dans un monde de la communication ouverte tant au niveau des médias écrits, radios, sites et autres, qu’à celui des réseaux sociaux. Le battage médiatique a été rondement orchestré et de manière efficace. En effet, pendant que nos deux leaders se relayent dans les radios et échangent avec les autorités, les différents acteurs pour la résolution rapide de cette crise, les éléments sur le terrain à Womey, les jeunes eux sont connectés aux réseaux sociaux pour faire vivre, en temps réel, les grands moments de ce combat pour la dignité humaine.


5- La solidarité

Au début quand j’ai appris la nouvelle de la grève de la faim, je me suis dit : « ça y est, on va encore retomber dans le piège de la stigmatisation, de la tribalisation du débat et de l’exclusion que la Guinée gère depuis des décennies ». Je m’attendais à ce qu’on nous fasse comprendre encore que Womey est une affaire qui concerne la région forestière et donc ses ressortissants. J’ai dit non, non et non. Avec mon tapis de prière je me suis rendu au palais pour dire haut et fort que ce drame est un crime national qui est humanitaire et non politique et que tous les fils et filles de ce pays devraient en prendre toute la mesure. Progressivement, j’ai eu le plaisir et l’agréable surprise de constater que cette barrière est désormais sur le point de tomber avec la présence, à tour de rôle, de cadres d’organisations de droits de l’homme, de la société civile, des députés de la Républiques, des organisation de jeunes, de responsables de l’Association des victimes du Camp Boiro, des commerçants apportant de l’eau en guise de soutien et même un médecin que j’ai surpris en train de préconiser aux uns et aux autres de prendre régulièrement un morceau de sucre pour compenser les pertes. Cette solidarité a pris une certaine allure avec la déclaration, bien que tardive, mais comme on dit : « mieux vaut tard que jamais ! », du ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques.


Dès le soir du mardi, c’est-à-dire le second jour de grève, des nouvelles nous sont parvenues sans confirmation, que les forces de défenses sont en train de quitter Womey et que le processus de démilitarisation est enclenché. C’est le mercredi que la nouvelle a été confirmée et le comité s’est réuni pour en tirer tous les enseignements qui s’imposent.

Si en l’espace de 2 jours de grève de la faim, la situation de Womey est passée d’une zone en état de guerre, à un départ des forces hostiles, la même et éternelle question demeure dans la tête de tout citoyen normal : « Pourquoi faut-il toujours attendre qu’on mette le « feu » là où il faut comme une tortue, pour que les autorités reviennent à la raison ? ».


La grève est finie certes, mais où en sont les enquêtes sur les exactions, les pillages et les violences en tout genre dont Womey et les populations ont été victimes pendant des semaines ? Comment procédera-t-on à l’évaluation des dommages dans la perspective de réparer les torts causés aux uns et aux autres dans ce drame ? Où en sommes-nous avec les présumés coupables dans le processus judiciaire ?

Je suppose, dans l’espoir de me tromper, que ce drame de Womey, aussi, va venir remplir une nouvelle page sombre de notre histoire et on nous dira, comme toujours, de pardonner avec une délégation pilotée par le premier imam de la grande mosquée, accompagnés de représentants des coordinations régionales pour aller dire à Womey que la Guinée est une famille.

Une famille, peut-être, mais dans laquelle le chef :

  • ne sait pas combien d’enfants il a dans la maison ;
  • aime les uns et chasse les autres ;
  • ne traite pas équitablement ses épouses ;
  • a fait en sorte que chaque épouse se replie sur ses enfants pour en faire une famille à part ;
  • a fait que les enfants ne sont pas unis sous une seule autorité impartiale ;
  • a échoué dans la gestion de son foyer !

On sait qui est le chef de famille et on sait que ce chef a deux frères qui pourraient bien l’aider dans la bonne gestion de son foyer en bon père de famille :

  • le ministre de la Justice Garde des sceaux ;
  • le ministres des Droits de l’homme et des Libertés publiques.

Depuis 2010, la Guinée n’a jamais vécu une situation aussi catastrophique en matière de justice et de droits humains les plus élémentaires. 2013 était supposé être l’année de la Justice. Le sentiment d’injustice n’a jamais été aussi présent dans l’esprit de nos compatriotes. Il y a eu des états généraux qui n’ont rien donné. De grandes visites ont été orchestrées ici et à l’intérieur du pays par les deux ministres. A la fin de la journée, le constat est alarmant et on entend que du bla bla bla, encore du bla bla bla et toujours du bla bla bla !


On ne TRAVAILLE pas ;

On ne DEMISSIONNE pas !


Que faut-il faire ? Ohhh !

Que faut-il dire ? Koutoubouyé !!!!!!!


Je ne finirai pas mon propos sans lancer un petit clin d’œil sur le cas d’un autre groupe de présumés coupables qui croupissent en prison depuis des mois sans jugement et dont les membres se libèrent selon les relations et selon les moyens dont ils disposent.

En effet, il y a quelques mois de cela, du côté de Boké, un jeune motard a été tué et avec le sentiment d’une justice inexistante, les populations ont orienté leur colère vers un citoyen et ont cassé sa maison en guise de représailles. La tribalisation du débat et la stigmatisation, encore une fois étant de mise dans notre pays, on a vu un jeune Landouma tué et non un citoyen. La colère de la population s’est dirigée vers un coupable présumé qui se trouve être, non pas un citoyen, mais un Diakhanké, et sa maison en a fait les frais. La nouvelle est arrivée à Conakry et le ministre de la République en charge de la Communication, étant originaire de Boké, prend parti. Conséquences, 35 citoyens en prison depuis des mois sans jugement. Il semblerait qu’ils ne sont plus que 13 actuellement.

La justice à deux vitesses ;

Les droits humains bafoués.

Les deux ministres doivent partir !!!!!


Mamadou Barry
Analyste financier